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Publié le 9 Janvier 2014

Le guide argotique du bordelais

(ou comment comprendre les bordelais....)

à faire circuler dans le reste de la France

Je me lève ce matin, un peu de fièvre et la bouche pâteuse (nan, rien bu hier soir...enfin...ou je me souviens plus)... Le medecin est catégorique, je souffre d'égocentrisme aggravé par un stade final de chauvinisme...Nan, pas moi, c'est pas possible !

Vous avez sans doute tâté comme moi de l'innocent étranger (car tout individu qui n'est pas bordelais peut se prétendre comme tel) qui exacerbe son incompréhension devant nos coutumes locales.

Voici un récapitulatif non exaustif à remettre à vos touristes dubitatifs...

 

 

1) Un abat d’eau

= une grosse pluie

- A Dijon, "gauger" n'est pas mal non plus, quand ils sont tout mouillés, les dijonnais disent qu'ils sont gaugés...

Nan, mais au final, il n'y a pas non plus que nous, il y a les autres aussi.

- Avant d'entreprendre quelques recherches pour vous ( pour vous, juste pour vous, spéciale dédicace...), je n'avais même pas conscience que c'était issu de la sémantique bordelaise...Comme quoi...

 

2) Aller à la baille

= aller se baigner

- Expression ancienne remplacer depuis par le célébrissime néologisme "plouffer" transitif bien sûr.

- Attention à la phonétique, personne ne vous suivra (en maillot de bain de surcroit) si l'on comprend "bagne".
 

3) Aller au maille

= aller au travail

- C'est une expression amère, surtout le lundi, imaginez qu'il fasse soleil en plus....Alors si il y a un bain et un élément électrique avec ça... FUYEZ !

- Si l'un de vous sait d'où vient cette expression, je vous en prie, étanchez ma curiosité... ( tricot ? moutarde ? maillet? noeuds au cerveau !!!)

 

4) Anqui gueille

= le bordelais agrémente sa phrase / putain dans le reste de la France
- Mon grand père m' a appris à parler en ponctuant toutes ses fins de phrases avec ce mantra poétique.

- Considérons que de nos jours, les jeunes bordelais perdent le goût de la tradition et omettent trop souvent de prononcer ce mantra relaxant.

 

5) Avoir la quinte 

= être énervé, vert /bleu et chromatiquement agacé

- Le bordelais moyen a souvent la quinte, conduire et se garer à Bordeaux sont des sports qui peuvent engendrer ce phénomène. Les bouchons, sur rocade à certaines heures ou de liège quand ils se fendent, sont aussi associables à la quinte.

Bref, à Bordeaux on peut avoir la quinte de toux/tout...
 - Rien avoir avec la "flush royale"...

 

6) Casse-berles

=casse pieds/ "ouilles...

- Il peut s'agir là de qualifier les voisins, les automobilistes, les touristes, ou quiconque entrave la tranquilité du bordelais.

- "Berle" ? Oui, moi aussi je me suis interrogée sur l'origine du mot.

Berlon ? soit, une grosse bille, mais alors la berle serait la petite soeur du berlon et cela impliquerait que l 'expression qualifierait une personne avec troubles testiculaires? Pire encore, les bordelais auraient ils des complexes quant à leurs gonades ?

- Le petit plus qui ne sert à rien ?  Berle est aussi un nom féminin désignant une plante herbacée et vivace...

 

7) Chocolatine

= pain au chocolat
- Nan mais c'est bien le reste de la France qui n'a rien compris à notre esprit espiègle, convenons ( et en plus objectivement)  que c'est bien plus sympathique phonétiquement..."Pain au chocolat" banalise la viennoiserie, le suffixe "ine" suggère que la gourmandise est un petit chocolat...c'est pas plus mignon ? ( et là, j'admets, je suis une fille...)

-L'origine ? J'ai une version proposée par un prof de lettres....

Ce serait à l'époque où le commerce fluvial était à son apogée que serait né le mot. La Garonne brassait bon nombre de bateaux chargés de diverses cargaisons et de marins affamés. A quai, beaucoup d'anglais profitaient des victuailles de la région proposées par des commerçants bordelais qui ont vu, en ces estomacs asséchés par la disète iodée, une manne. Les boulangers proposèrent donc un pain chaud dans lequel ils avaient glissé une barre de chocolat. Les marins anglais, surpris d'y trouvé le chocolat fondu s'esclaffaient "oh there's chocolate in". La phonétique ( l'anglais, à l 'époque n'était pas obligatoire à l'école !) suggerra aux bordelais que cette viennoiserie existait déjà sous l'appellation "chocolatine" !

Et voilà...

 

8) Chibrer 

= casser
- Les mots et leurs significations devient souvent au fil des époques et des régions...Sachez donc qu'à l'origine, c'est argotique, langage familier pour désigner...un pénis.

A Bordeaux donc, chibrer ou casser quelque chose, est associé au pénis...Et j en suis désolée, même si notre démographie nous démontre qu'il n'y a pas d'incidence particulière, je trouve cela raffraichissant de penser que notre argo et ses utilisateurs (autodérision pour les bordelais et cynisme pour les bordelaises) sont pétris d'humour.

- Sachez de plus que "le chibre" est un jeu de cartes suisse également appelé "Jass"...

Et ça, c'était juste pour vous faire remarquer que j'avais bien potassé ma leçon...(fayotte va !)

 

9) Dailler

= fatiguer, énerver

- "ouah, ça daille !", vous êtes à Bordeaux ou dans sa région...Les jeunes preféreront "ça craint !" et les puristes repousseront les limites de leur agacement avec cette expression peu leste...
- Alors qu'en Lorraine, "dailler" signifie échanger des propos, à travers une porte ou une fenêtre, à tendance facétieuse... Pfeuh, elles sont folles ces quiches !

 

10) Décaniller 

= tirer sur quelque chose et l’exploser
- Le dragueur bordelais pourrait utiliser cette expression et être grossier (ouuuouh !), mais elle est plus souvent utilisée par nos célébrissimes chasseurs médocains.

Sans sexe ni arme ? Il nous reste l'épisode du chambouletout...Mais là, c'est moins rigolo, à moins que la balle n'explose la tête de la maitresse du garde chasse à la kermesse de l'école...

- La définition nationale ( au contraire de notre local) est fuir, déguerpir...

 

11) Drôles

= enfants
- Etrange, bizarre et rigolo, c'est la définition générale  de "drôle". Et ben nous, on l'associe à notre progéniture...Comme quoi, les bordelais sont des parents attentionnés et lucides !

Ceci dit, ça résume bien les enfants, ils sont parfois la téléréalité des parents ...

- Pour une fille, le bordelais précisera "drôlesse"...Il est fort ce bordelais !

 

12) Etre au pit /de quelqu’un

= être là de bonne heure

 = être dévoué

- En gros, "être au pit", c'est "obéir à une demande"...

Le bordelais aime que sa bordelaise soit au pit au lit et pour ce faire, la bordelaise veut qu'il soit au pit au restaurant...Ici, on ne brade pas les "pit" (oooh...ouais mais un capillotractage est autorisé toutes les dix lignes...si si, puisque c'est moi qui vous le dis).

-  D'où vient "pit" ? J 'ai cherché, farfouillé et la seule réponse approximative dans l'orthographe fut celle ci :

pite = Petite monnaie de cuivre, qui valait anciennement la moitié d'une obole et le quart d'un denier. Dans la Déclaration du 29 octobre 1640, après avoir énoncé les livres, sols et deniers, on énonce les fractions de deniers en oboles, pites, semi-pites et fractions d'iceux.

Alors ? Ne soyez pas dubitatif, cette information peut changer votre vie...Mais vous n'en n'avez pas encore conscience, ça viendra...
 

15) Faire key 

= faire attention
- A prononcer "keille"

: " Fais key, si tu es trop au pit avec ta femme, elle finira par te dailler grave !"

Voici comment un macho bordelais peut passer inaperçu dans le reste de la France...

- Ben aucune definition autre...C'est un mot qui n'appartient qu'à nous et qui n'a aucune origine particulière. J'imagine qu'un jour, un bordelais qui avait trop bu, a eu des difficultés d'élocution et l'expression s'est propagé...

Je ne vois pas d'autres explications !!! (dixit)

 

16) Gavé

= trop !
- Surtout utilisé par la population acnéique mais... parfois repris par mimétisme par l'entourage.

- On gave une oie, on gave nos enfants....Mais pas pour la même raison, on ne mange que la première (pas l'ainée, mais le volatile) en définitif, les lois françaises sont strictes à ce sujet...

 

17) Groles

= de grosses chaussures

- Si une grole est une grosse chaussure, peut on admettre qu'une "petiole" est une petite chaussure ?

 

18) Gueilles

= fringues pourries
- Le bordelais porte des "gueilles" avec des crocodiles en guise de pochette, mais cela devient gueille quand le polo a plus d'une saison !

- Le prototype de la gueille par excellence est celui qui joue le rôle secondaire dans "le père nöel est une ordure", la veste tricoté et archi trouée qui peut servir à sortir les poubelles ! Si vous avez l'équivalent dans vos placards, soutenez vos éboueurs et soyez matinaux !

 

19) J’embauche

= j’arrive au bureau
- L'embauche du bordelais commence par l'arrivée sur la rocade, les bouchons, trouver une place, dire bonjour à un maximum de collègues dans un minimum de temps, éviter les chefs et les horloges, bref, c'est Koh Lanta !

 

20) Je débauche

= je pars du bureau
- Si l'embauche est un calvaire, la débauche signifie déjà un avant gout de vacances...

- A noter que dans les autres pays de l'héxagone, la débauche veut dire beaucoup plus...

"La débauche est un usage excessif et/ou déréglé de tous les plaisirs des sens, particulièrement de ceux de l'amour et de ceux de la table."

Comme quoi, quand les bordelais quittent leur travail, ils s'adonnent aux plaisirs et aux excès, que les dérives de la sémantique peuvent être truculentes !

 

21) Moin[S]

= accentuer le S
- Trés sincèrement, je suis une des rares de mon entourage à m'adonner à cette pratique...

Pour me justifier, on dit bien "plu[s}" ! AAAAAAAh !!!!

 

22) Pibale

= t’es nul !
- La pibale est le rejeton de l'anguille... Nous imaginons donc que le bordelais compare son interlocuteur à un cerveau au tonnage d'une tête d'épingle !

- un rapprochement est peut-être à faire entre pibale et le gascon piba «monter, grimper» ,les lamproies remontant le cours des rivières pour frayer.

 

23) Poche

= un sac plastique

- Vaste sujet que celui ci, que j ai eu à developper maintes fois...Le point culminant de cet historique a été célébré en Bourgogne, alors que j'y vivais, et que je tentais de m'accoutumer aux moeurs.

Vous, bordelais, avez vous aussi dû vivre cette confusion semi sympathique aux sorties des caisses d'hypermarchés du "reste de la France".
vous/nous :« Je peux avoir une poche ?"

L'hôtesse de caisse : "heinnnnnnn ?"

- Sachez que je me suis penchée sur le sujet et y ai perdu mon équilibre, parce que...Nous avons tort ! Oui ,rude à avouer, mais la sémantique est inflexible...

Poche = élément toujours rattaché à un élément principal (poche de jean, poche de sac)...

Sac = élément qui peut contenir des poches...

 

24)Branque

= fou !

- A Bordeaux, et dans le sud ouest en général, "branque" est une demie insulte pour mettre en valeur le coté archi festif et imprévisible d'un ami trop imbibé...

- A l'origine, le terme "branque" désigne un client de prostitué qui se fait berner.

 

25) Le daron

= le patron/le père/le chef

- A cette heure, usité par les enfants pour parler de leurs parents...

- Daronne au féminin, cela désignait les tenanciers de cabarets ou de maisons closes au 19ème siècle.

 Le rapport entre le sens initial et celui que nous utilisons me laisse dubitative...

 

Et vous ? Partagez vos commentaires, réparez les oublis, et ce même si vous n'êtes pas bordelais !?

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pal 27/07/2017 19:39

Les bouzics !!

les énormes bouchons sur la rocade de Bordeaux 12/10/2016 09:35

Ben, je pense que tout est bien expliqué ! Je dois avouer que j’ai souvent la quinte quand je suis coincé sur la rocade Bordelaise avec les énormes bouchons !

Isa 21/03/2016 12:40

Tu as oublié : Pigé sur le toit !!
Et oui ma belle-sœur et sa "drôlesse" sont venues en séjour Bordelais.
Le ballon s'est pigé sur le toit. Incompréhension totale !
Et là pour elle piger c'est comprendre, et non pas coincer sur le toit.
Purement Bordelais apparemment.
Et encore :
Cagouille → escargot
Chounard(e) → avoir de la chance
Et sûrement d'autres que j'oublie !

Adam Warlock 06/03/2016 07:43

Ce qui est amusant cest que la majorité des expressions prennent leur racine simplement dans le vieux français ... cest aussi bien que dexporter des expressions étrangères a la con du genre "je kiffe grave" ... ;-)

olivier 31/01/2016 19:19

Il paraitrait que "gueille" viendrait de la gueille de bonde qui était le chiffon que l'on mettait autour de la bonde pour fermer les tonneaux de vin. A vérifier.
Quant au daron/daronne, les gitans utiliseraient ces termes pour leurs parents?